On aimerait bien entendre des Sarkozystes, juste pour discuter comme ça...
Les dossiers noirs du gouvernement (par Martine Bulard dans Le Monde Diplomatique de Juin 2008)
Salaires « proprement scandaleux », « dérapages excessifs »... Ces propos dénonciateurs du train de vie des dirigeants d’entreprise ne sont pas tenus par de véhéments gauchistes, ni même par des travailleurs licenciés en colère, mais par M. Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe (qui rassemble les ministres des finances de la zone euro, le président de la Banque centrale européenne et un représentant de la Commission européenne). Ces membres éminents de la nomenklatura européenne avaient accepté, sinon impulsé, la défiscalisation de ce genre de soultes patronales ; ils s’inquiètent à présent de l’effet dévastateur produit par l’étalage des frasques de la haute finance en ces temps d’austérité salariale. En France, M. Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à taper du poing sur la table : désormais, les avantages fiscaux liés à ce type de cadeaux, déductibles du bénéfice imposable, sont limités à... 1 million d’euros. Il en faudrait évidemment plus pour faire trembler M. Christian Streiff, président-directeur général de Peugeot, qui s’est octroyé la « plus grosse augmentation de rémunération » des quarante entreprises cotées en Bourse (CAC 40) en 2007 — sa rémunération totale pour l’année s’est élevée à 1,9 million d’euros. Dans la foulée, ce même Streiff a reçu les félicitations du ministre du travail Xavier Bertrand pour avoir liquidé les trente-cinq heures dans l’une des entreprises du groupe, en imposant aux salariés de travailler plus sans gagner plus (lire « Un monde “complexe” ? »). Ainsi va la justice concoctée dans les palais dorés de l’Elysée.
(...)
Pouvoir d'achat en berne
Le "président du pouvoir d'achat" est resté ferme : aucun coup de pouce pour les bas salaires. L'augmentation du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), au 1er mai, est plafonnée au niveau légal, soit 19 centimes d'euro brut de l'heure. En un an, la hausse atteint 2,30% alors que l'inflation officiellement recensée a grimpé à 3,2% (de mars 2007 à mars 2008). Pour faire bonne mesure, le gouvernement a réduit les allocations familiales, qui bénéficient en priorités aux bas revenus. Les familles qui recevaient 33,84 euros lorsqu'un enfant atteignait l'âge de 11 ans ne touchent plus rien; elles auront droit à 60,16 euros quand celui ci aura 14 ans (au lieu de 16 auparavant). Au total, 80 millions d'euros seront ainsi économisés sur une année. Le gouvernement s'engage à les redistribuer. Mais, pour l'heure, cela reste au stade des promesses...
Les riches empochent
Donner plus à ceux qui en ont le moins besoin. Voila comment peut se résumer la philosophie de l'action sarkozyste. A peine installé à l'Elysée, le président à mis ce principe en oeuvre. La fameux "paquet fiscal" a servi notamment à réduire l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ainsi que les droits de successions et de donation. Seule la mesure permettant de déduire de ses impôts une part des intérêts de l'emprunt souscrit pour acheter sa résidence principale (jusqu'à 7000 euros pour un couple) aurait pu bénéficier aux couches moyennes (les plus pauvres ne peuvent acheter). Mais la flambée de l'immobilier en réduit l'impact.
Les supermarchés à la rescousse
A en croire M. Jacques Attali et ses trois cent seize propositions, la libération du pouvoir d'achat passe par une nouvelle vague de supermarchés. S'il est vrai que la réglementation (très relative) de l'implantation de grandes surfaces ne s'est pas traduite par une baisse des prix des produits alimentaires, il est tout aussi évident que la déréglementation n'entreinera pas une réduction de l'inflation. Et pour cause: les géants de la distribution continueront à tirer les ficelles, tandis que les petits commerçants des centres villes seront un peu plus en difficulté. En revanche, les consommateurs devront prendre leur voiture pour aller faire leurs courses (ce qui coûte cher et pollue beaucoup); les salariés se verront imposer le travail à temps partiel dont les supermarchés sont déjà les champions. Il y a fort à parier que les implantations sauvages de ces commerces se traduiront d'avantage par une course au travail du dimanche et aux horaires quotidiens tardifs que par la baisse des prix pour le consommateur.
Salaires « proprement scandaleux », « dérapages excessifs »... Ces propos dénonciateurs du train de vie des dirigeants d’entreprise ne sont pas tenus par de véhéments gauchistes, ni même par des travailleurs licenciés en colère, mais par M. Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe (qui rassemble les ministres des finances de la zone euro, le président de la Banque centrale européenne et un représentant de la Commission européenne). Ces membres éminents de la nomenklatura européenne avaient accepté, sinon impulsé, la défiscalisation de ce genre de soultes patronales ; ils s’inquiètent à présent de l’effet dévastateur produit par l’étalage des frasques de la haute finance en ces temps d’austérité salariale. En France, M. Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à taper du poing sur la table : désormais, les avantages fiscaux liés à ce type de cadeaux, déductibles du bénéfice imposable, sont limités à... 1 million d’euros. Il en faudrait évidemment plus pour faire trembler M. Christian Streiff, président-directeur général de Peugeot, qui s’est octroyé la « plus grosse augmentation de rémunération » des quarante entreprises cotées en Bourse (CAC 40) en 2007 — sa rémunération totale pour l’année s’est élevée à 1,9 million d’euros. Dans la foulée, ce même Streiff a reçu les félicitations du ministre du travail Xavier Bertrand pour avoir liquidé les trente-cinq heures dans l’une des entreprises du groupe, en imposant aux salariés de travailler plus sans gagner plus (lire « Un monde “complexe” ? »). Ainsi va la justice concoctée dans les palais dorés de l’Elysée.
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Pouvoir d'achat en berne
Le "président du pouvoir d'achat" est resté ferme : aucun coup de pouce pour les bas salaires. L'augmentation du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), au 1er mai, est plafonnée au niveau légal, soit 19 centimes d'euro brut de l'heure. En un an, la hausse atteint 2,30% alors que l'inflation officiellement recensée a grimpé à 3,2% (de mars 2007 à mars 2008). Pour faire bonne mesure, le gouvernement a réduit les allocations familiales, qui bénéficient en priorités aux bas revenus. Les familles qui recevaient 33,84 euros lorsqu'un enfant atteignait l'âge de 11 ans ne touchent plus rien; elles auront droit à 60,16 euros quand celui ci aura 14 ans (au lieu de 16 auparavant). Au total, 80 millions d'euros seront ainsi économisés sur une année. Le gouvernement s'engage à les redistribuer. Mais, pour l'heure, cela reste au stade des promesses...
Les riches empochent
Donner plus à ceux qui en ont le moins besoin. Voila comment peut se résumer la philosophie de l'action sarkozyste. A peine installé à l'Elysée, le président à mis ce principe en oeuvre. La fameux "paquet fiscal" a servi notamment à réduire l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ainsi que les droits de successions et de donation. Seule la mesure permettant de déduire de ses impôts une part des intérêts de l'emprunt souscrit pour acheter sa résidence principale (jusqu'à 7000 euros pour un couple) aurait pu bénéficier aux couches moyennes (les plus pauvres ne peuvent acheter). Mais la flambée de l'immobilier en réduit l'impact.
Les supermarchés à la rescousse
A en croire M. Jacques Attali et ses trois cent seize propositions, la libération du pouvoir d'achat passe par une nouvelle vague de supermarchés. S'il est vrai que la réglementation (très relative) de l'implantation de grandes surfaces ne s'est pas traduite par une baisse des prix des produits alimentaires, il est tout aussi évident que la déréglementation n'entreinera pas une réduction de l'inflation. Et pour cause: les géants de la distribution continueront à tirer les ficelles, tandis que les petits commerçants des centres villes seront un peu plus en difficulté. En revanche, les consommateurs devront prendre leur voiture pour aller faire leurs courses (ce qui coûte cher et pollue beaucoup); les salariés se verront imposer le travail à temps partiel dont les supermarchés sont déjà les champions. Il y a fort à parier que les implantations sauvages de ces commerces se traduiront d'avantage par une course au travail du dimanche et aux horaires quotidiens tardifs que par la baisse des prix pour le consommateur.
... A suivre dans le Diplo de ce mois ci...
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