Cycle "La vie ici"... "Le bourra."
Le bourra.
« Le vieux », parce que je ne me rappelle jamais son nom… Monsieur Be… Ma… Malrieux voilà… monsieur Malrieux, « le vieux Malrieux », parce qu’on ne lui enlèvera pas qu’il était vieux, n’a pas sourcillé quand je me suis amené les outils à la main alors que je n’étais pas venu la veille, cédant à l’aigre plaisir de ne rien foutre à part fumer et rire avec Chris. Il me tendit la main que je secouais précautionneusement bien que j’imaginais, à tout hasard de la petite histoire, qu’il fut, à en croire son ardeur au jardin, encore solide homme à ses 85 ans bien sonnés. Mais il était si petit de taille que je feins de « comprendre » qu’il fut fragile ou même délicat. Je me mis à l’œuvre sans trop savoir comment… « avec des ciseaux » si j’en cru le vieil homme, ce n’était à l’évidence pas des vulgaires ciseaux qu’il eut fallu pour tailler cette haie de bois sec qui s’était incrusté dans le grillage… « et un bourra » ajouta t il telle l’évidence comme s’il avait demandé à sa femme « ou t’y a mis la pelle ? »… à la quelle elle aurait répondu, pour la même petite histoire, « la pelle ? quelle pelle ? ».
J’appris alors un nouveau mot… le bourra ! C’était bien ce que j’imaginais mais sans lui avoir donné encore de nom, du moins de nom aussi atypique que ce « bourra » là… « Sûrement du patois » me dis je. C’était un ferme drap de toile brun sur lequel il avait du coucher pas mal de gravas en tous genre, parfait, malgré ses trous d’usure, pour transporter, une fois replié sur lui-même, les végétaux assoiffés dont j’allais le débarrasser. « On le brûlera au fur et à mesure, j’ai un truc derrière » reprit il, « c’est bien sec, ça va brûler comme du papier ! », j’allais par la suite bien apprendre cette béate réplique. Une fois le vieux rentré je me mis au travail, sans gant, crachant régulièrement et avec sûrement assez peu de classe, la poussière soulevée par cette agitation nouvelle dans l’ordre des choses de son jardin… Je taillais et arrachais, saluais aussi poliment qu’avec cœur le chauffagiste venu régler la chaudière de ce cher monsieur Malrieux et jugeais quelle utilité pour ses énormes sécateurs en fait de ces fameux « ciseaux »… J’étais bien, en paix, naturellement en paix. Le vieux ne la brisa pas cependant lorsqu’un peu plus tard, il arrivait m’avisant du départ du feu, me soutenant cinq fois de suite comme s’il n’en fut pas preuve assez probante des gigantesques flammes, que « ça brûle comme du papier… c’est bien sec ! ». Une heure et demi plus tard, sorti des démêlés des barbelés non sans coupures, il venait, comme s’il eut senti que j’approchais du terme de la tâche, me donner mon du, 40 euros dont il ne voulu pas la monnaie de 5… je le gratifiais, pour le geste, d’un nettoyage rigoureux des lieux. Il était content, je crois… soulagé du moins.
« Le vieux », parce que je ne me rappelle jamais son nom… Monsieur Be… Ma… Malrieux voilà… monsieur Malrieux, « le vieux Malrieux », parce qu’on ne lui enlèvera pas qu’il était vieux, n’a pas sourcillé quand je me suis amené les outils à la main alors que je n’étais pas venu la veille, cédant à l’aigre plaisir de ne rien foutre à part fumer et rire avec Chris. Il me tendit la main que je secouais précautionneusement bien que j’imaginais, à tout hasard de la petite histoire, qu’il fut, à en croire son ardeur au jardin, encore solide homme à ses 85 ans bien sonnés. Mais il était si petit de taille que je feins de « comprendre » qu’il fut fragile ou même délicat. Je me mis à l’œuvre sans trop savoir comment… « avec des ciseaux » si j’en cru le vieil homme, ce n’était à l’évidence pas des vulgaires ciseaux qu’il eut fallu pour tailler cette haie de bois sec qui s’était incrusté dans le grillage… « et un bourra » ajouta t il telle l’évidence comme s’il avait demandé à sa femme « ou t’y a mis la pelle ? »… à la quelle elle aurait répondu, pour la même petite histoire, « la pelle ? quelle pelle ? ».
J’appris alors un nouveau mot… le bourra ! C’était bien ce que j’imaginais mais sans lui avoir donné encore de nom, du moins de nom aussi atypique que ce « bourra » là… « Sûrement du patois » me dis je. C’était un ferme drap de toile brun sur lequel il avait du coucher pas mal de gravas en tous genre, parfait, malgré ses trous d’usure, pour transporter, une fois replié sur lui-même, les végétaux assoiffés dont j’allais le débarrasser. « On le brûlera au fur et à mesure, j’ai un truc derrière » reprit il, « c’est bien sec, ça va brûler comme du papier ! », j’allais par la suite bien apprendre cette béate réplique. Une fois le vieux rentré je me mis au travail, sans gant, crachant régulièrement et avec sûrement assez peu de classe, la poussière soulevée par cette agitation nouvelle dans l’ordre des choses de son jardin… Je taillais et arrachais, saluais aussi poliment qu’avec cœur le chauffagiste venu régler la chaudière de ce cher monsieur Malrieux et jugeais quelle utilité pour ses énormes sécateurs en fait de ces fameux « ciseaux »… J’étais bien, en paix, naturellement en paix. Le vieux ne la brisa pas cependant lorsqu’un peu plus tard, il arrivait m’avisant du départ du feu, me soutenant cinq fois de suite comme s’il n’en fut pas preuve assez probante des gigantesques flammes, que « ça brûle comme du papier… c’est bien sec ! ». Une heure et demi plus tard, sorti des démêlés des barbelés non sans coupures, il venait, comme s’il eut senti que j’approchais du terme de la tâche, me donner mon du, 40 euros dont il ne voulu pas la monnaie de 5… je le gratifiais, pour le geste, d’un nettoyage rigoureux des lieux. Il était content, je crois… soulagé du moins.
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