Du libéralisme et de ses interprétations et visages (3/3)
Visage économique -
Le libéralisme économique pour les nuls
(source : http://www.webzinemaker.com/lourd/)
Voici un petit résumé des idées fondatrices d'une bonne partie du microcosme économique, journalistes et "experts" en tête.
Terme inventé par Michel Bon, l'ancien PDG de France Telecom, également ancien patron de l'ANPE. La théorie est simple : si une personne est au chômage, c'est parce qu'elle ne s'investit pas à fond dans sa recherche d'emploi. Elle répond alors au nom d' "assisté". Et pour les assistés, il n'y a pas cinquante solutions : on leur coupe les allocs. Pour supprimer leur petit confort de nantis à 4000 balles par mois.
La théorie n'est pas nouvelle. Elle a même de forts relents malthusiens. «Les lois sur les pauvres créent les pauvres qu'elles assistent», affirmait le maître il y a plus de 150 ans. La voilà, la solution miracle : supprimer les lois sociales. Lois, pauvres. Pas de lois, pas de pauvres. C'est simple, l'économie.
J'avais un prof d'éco qui croyait sincèrement avoir trouvé la recette définitive contre le chômage. Sa "théorie de la franchise" était simple : pendant un an, le chômeur ne reçoit aucune alloc. Comme une franchise d'assurance, où l'assureur ne rembourse pas tout. L'année sans revenu, c'est la garantie que le chômeur se bouge pour trouver du boulot. A côté de ça, Madelin est un archéo-stalinien.
Terme très prisé du patronat pour s'auto-définir. Par opposition aux planqués de la fonction publique. L'instituteur, l'infirmière, le policier, le chercheur ne sont pas des forces vives. Pas productifs. Pas "orientés client". En revanche, Seillière, Kessler, Pinaut, et leurs ouailles, ça c'est des forces vives. Comme les mecs de Glencore, la boîte suisse qui a fermé Metaleurop, ou les guignols d'Elf qui défilent en ce moment au Palais de Justice de Paris.
Le principe de base de la société néo-libérale. Un exemple : le contribuable français renfloue le Crédit Lyonnais de 20 milliards d'euros, soit 8000 francs par an et par contribuable : socialisation des pertes. Quand il a fini de combler le trou, on privatise la banque : individualisation des profits. L'action est passée de 25 à 54 euros en quatre ans. Directement dans les poches des actionnaires.
Au nom du même principe, dans les années 70-80, Seillière s'est empressé de revendre à prix d'or à l'Etat la sidérurgie moribonde dont il a hérité. Le contribuable a réglé toutes les factures, plans sociaux, reconversion -très partielle- des régions industrielles. Pendant que le président du Medef réinvestissait son pactole vers des secteurs plus porteurs…
L'antienne se vérifie toujours. Le gouvernement s'apprête à privatiser Air France, la première compagnie aérienne européenne, reconnue par les analystes comme «la plus performante du monde». Là encore, la dot de la mariée est financée par la TVA sur vos chips et vos Kro. Et les 162 millions d'euros de résultat net iront tout droit dans les poches des fonds de pension américains. Tout comme les bénéfices des sociétés d'autoroute, que Francis Mer, le patron qui se fait passer pour un ministre, s'apprête à céder au privé.
Un autre principe fondateur du libéralisme. L'idée est simple : tant qu'il y a quelqu'un qui est plus malheureux que toi, tu n'as pas à te plaindre. Donc tu fermes ta gueule, sinon on te met à son niveau. Le privé cotise quarante ans, le public 37 et demie ? On met tout le monde à 40. Et puis tiens, à 42, tant qu'on y est, histoire de faire partir les diplômés à la retraite vers 70 ans. Le coût du travail est moins élevé en Asie ? On baisse les salaires et on supprime les syndicats, comme en Grande-Bretagne, où même les firmes coréennes commencent à délocaliser…
La prochaine étape est toute trouvée : supprimer le statut de CDI en France. Le Medef fait pression dans ce sens auprès du gouvernement. Aux temps de sa splendeur, Raymond Barre avait même proposé de supprimer le droit du travail. Complètement barré. Voire barbare.
Passage obligé de tous les discours néo-libéraux. C'est l'argument massue : si on se résigne à vous plumer, c'est parce qu'il n'y a pas d'alternative. Mais croyez-bien qu'on aurait bien aimé faire autrement. Exemple récent : l'homme à la coiffure de Playmobil, François Fillon. Pour justifier le passage à 42 années de cotisation pour une retraite à taux plein, il n'a cessé de répéter sur tous les plateaux télé qu'«il n'y a pas d'autre politique possible».
Si je fais fonctionner quelques-uns de mes neurones, je découvre pourtant que pour garantir les retraites, il y a quatre leviers principaux :
- 1) augmenter les cotisations. Pas très malin, et surtout contre-productif en période de crise. Le projet Fillon comporte pourtant des dispositions qui vont dans ce sens.
- 2) allonger la durée de cotisation. C'est le choix du gouvernement Raffarin, qui équivaut à pénaliser les couches de population dont l'espérance de vie est la plus faible : ouvriers, employés.
- 3) élargir l'assiette des cotisants. Personne n'en parle, surtout pas le gouvernement, pour une raison simple : cela signifie tout simplement que les revenus du capital seraient mis à contribution pour financer les retraites. Un blasphème pour des dirigeants élevés au bon grain de l'ultra-libéralisme de l'Ecole de Chicago.
- 4) mettre fin à la modération salariale qui sévit depuis les années 80 en France et en Europe. Car ce qu'oublie - ou occulte- le gouvernement, c'est que moins on gagne, moins on cotise, et inversement. En transférant la richesse du travail (les salariés) vers le capital (les actionnaires), on ne limite pas seulement le pouvoir d'achat des ménages. On soustrait également la somme versée aux cotisations retraite, puisque les dividendes ne sont pas intégrés dans le système de solidarité…
Des solutions alternatives, il y en a pourtant des flopées. Plutôt que de supprimer l'impôt sur la fortune, on aurait mieux fait d'en reverser les bénéfices au fond de garantie des retraites créé par Jospin. Plutôt que d'allonger la durée de cotisation, on aurait dû imposer un peu plus les stock-options (taxées seulement à 26%, deux fois moins que l'imposition sur le revenu), et les dividendes des actionnaires (1 ou 2% supplémentaires suffiraient à règler totalement le problème). Plutôt que d'offrir sur un plateau 400 milliards de francs en dix ans aux riches, par l'intermédiaire des lois Besson, Pons ou Périssol, générant par là même une génération de locataires et une flambée de l'immobilier, on aurait mieux fait d'investir cet argent dans la sauvegarde du système de retraite par répartition.
Mais ces solutions, on ne peut les évoquer en présence d'un gouvernement d'une droite aussi barbare que rétrograde, qui drague la "France d'en bas" en servant la soupe aux actionnaires.
Systèmes économiques érigés en exemples par Madelin, Jean-Marc Sylvestre, Catherine Nay et consorts. Un, les Etats-Unis. Ah ouais. Pas de protection sociale, ou si peu, 2 millions de personnes en prison (si, si, plus d'1% de la population active…), un salaire moyen en dollars constants en baisse de 13% depuis trente ans… Merci bien. Exit les US.
Deux, le Royaume-Uni. Ah bon. 25% de la population en dessous du seuil de pauvreté, des statistiques du chômage changées une trentaine de fois en dix ans pour baisser le chiffre officiel (supérieur au chiffre français, selon tous les spécialistes), des services publics à la ramasse, des hopitaux dignes du Tiers-Monde. Exit la perfide Albion.
Jamais à cours d'idées, nos commentateurs se rabattent donc vers des modèles moins connus. En ce moment, les Pays-Bas sont à la mode. Demain, ce sera le Canada ou la Finlande. A quand les îles Féroé ?
Synonyme de fonctionnaires. On touche là au plus formidable coup de force du système néo-libéral : avoir réussi à monter une catégorie de population, le privé, contre une autre, le public. De 1973 à 2000, le pouvoir d'achat des Français a augmenté de 40 %. Celui des actionnaires de plus de 500%. Mais les nantis, les feignants, les "protégés", ce sont les fonctionnaires.
Que quelques patrons et beaux esprits de l'ouest parisien se fassent les pourfendeurs de la fonction publique n'a rien d'étonnant. Ce qui l'est plus, c'est de constater que les plus véhéments à l'encontre des fonctionnaires, ce sont des gens modestes, normaux, comme vous et moi. On pourrait peut-être appeler cela le syndrome Jean-Pierre Pernaut…
Le libéralisme économique pour les nuls
(source : http://www.webzinemaker.com/lourd/)
Voici un petit résumé des idées fondatrices d'une bonne partie du microcosme économique, journalistes et "experts" en tête.
«CHOMEUR DE CONFORT» :
Terme inventé par Michel Bon, l'ancien PDG de France Telecom, également ancien patron de l'ANPE. La théorie est simple : si une personne est au chômage, c'est parce qu'elle ne s'investit pas à fond dans sa recherche d'emploi. Elle répond alors au nom d' "assisté". Et pour les assistés, il n'y a pas cinquante solutions : on leur coupe les allocs. Pour supprimer leur petit confort de nantis à 4000 balles par mois.
La théorie n'est pas nouvelle. Elle a même de forts relents malthusiens. «Les lois sur les pauvres créent les pauvres qu'elles assistent», affirmait le maître il y a plus de 150 ans. La voilà, la solution miracle : supprimer les lois sociales. Lois, pauvres. Pas de lois, pas de pauvres. C'est simple, l'économie.
J'avais un prof d'éco qui croyait sincèrement avoir trouvé la recette définitive contre le chômage. Sa "théorie de la franchise" était simple : pendant un an, le chômeur ne reçoit aucune alloc. Comme une franchise d'assurance, où l'assureur ne rembourse pas tout. L'année sans revenu, c'est la garantie que le chômeur se bouge pour trouver du boulot. A côté de ça, Madelin est un archéo-stalinien.
FORCES VIVES :
Terme très prisé du patronat pour s'auto-définir. Par opposition aux planqués de la fonction publique. L'instituteur, l'infirmière, le policier, le chercheur ne sont pas des forces vives. Pas productifs. Pas "orientés client". En revanche, Seillière, Kessler, Pinaut, et leurs ouailles, ça c'est des forces vives. Comme les mecs de Glencore, la boîte suisse qui a fermé Metaleurop, ou les guignols d'Elf qui défilent en ce moment au Palais de Justice de Paris.
INDIVIDUALISATION DES PROFITS, SOCIALISATION DES PERTES :
Le principe de base de la société néo-libérale. Un exemple : le contribuable français renfloue le Crédit Lyonnais de 20 milliards d'euros, soit 8000 francs par an et par contribuable : socialisation des pertes. Quand il a fini de combler le trou, on privatise la banque : individualisation des profits. L'action est passée de 25 à 54 euros en quatre ans. Directement dans les poches des actionnaires.
Au nom du même principe, dans les années 70-80, Seillière s'est empressé de revendre à prix d'or à l'Etat la sidérurgie moribonde dont il a hérité. Le contribuable a réglé toutes les factures, plans sociaux, reconversion -très partielle- des régions industrielles. Pendant que le président du Medef réinvestissait son pactole vers des secteurs plus porteurs…
L'antienne se vérifie toujours. Le gouvernement s'apprête à privatiser Air France, la première compagnie aérienne européenne, reconnue par les analystes comme «la plus performante du monde». Là encore, la dot de la mariée est financée par la TVA sur vos chips et vos Kro. Et les 162 millions d'euros de résultat net iront tout droit dans les poches des fonds de pension américains. Tout comme les bénéfices des sociétés d'autoroute, que Francis Mer, le patron qui se fait passer pour un ministre, s'apprête à céder au privé.
NIVELLEMENT PAR LE BAS :
Un autre principe fondateur du libéralisme. L'idée est simple : tant qu'il y a quelqu'un qui est plus malheureux que toi, tu n'as pas à te plaindre. Donc tu fermes ta gueule, sinon on te met à son niveau. Le privé cotise quarante ans, le public 37 et demie ? On met tout le monde à 40. Et puis tiens, à 42, tant qu'on y est, histoire de faire partir les diplômés à la retraite vers 70 ans. Le coût du travail est moins élevé en Asie ? On baisse les salaires et on supprime les syndicats, comme en Grande-Bretagne, où même les firmes coréennes commencent à délocaliser…
La prochaine étape est toute trouvée : supprimer le statut de CDI en France. Le Medef fait pression dans ce sens auprès du gouvernement. Aux temps de sa splendeur, Raymond Barre avait même proposé de supprimer le droit du travail. Complètement barré. Voire barbare.
«PAS D'ALTERNATIVE» :
Passage obligé de tous les discours néo-libéraux. C'est l'argument massue : si on se résigne à vous plumer, c'est parce qu'il n'y a pas d'alternative. Mais croyez-bien qu'on aurait bien aimé faire autrement. Exemple récent : l'homme à la coiffure de Playmobil, François Fillon. Pour justifier le passage à 42 années de cotisation pour une retraite à taux plein, il n'a cessé de répéter sur tous les plateaux télé qu'«il n'y a pas d'autre politique possible».
Si je fais fonctionner quelques-uns de mes neurones, je découvre pourtant que pour garantir les retraites, il y a quatre leviers principaux :
- 1) augmenter les cotisations. Pas très malin, et surtout contre-productif en période de crise. Le projet Fillon comporte pourtant des dispositions qui vont dans ce sens.
- 2) allonger la durée de cotisation. C'est le choix du gouvernement Raffarin, qui équivaut à pénaliser les couches de population dont l'espérance de vie est la plus faible : ouvriers, employés.
- 3) élargir l'assiette des cotisants. Personne n'en parle, surtout pas le gouvernement, pour une raison simple : cela signifie tout simplement que les revenus du capital seraient mis à contribution pour financer les retraites. Un blasphème pour des dirigeants élevés au bon grain de l'ultra-libéralisme de l'Ecole de Chicago.
- 4) mettre fin à la modération salariale qui sévit depuis les années 80 en France et en Europe. Car ce qu'oublie - ou occulte- le gouvernement, c'est que moins on gagne, moins on cotise, et inversement. En transférant la richesse du travail (les salariés) vers le capital (les actionnaires), on ne limite pas seulement le pouvoir d'achat des ménages. On soustrait également la somme versée aux cotisations retraite, puisque les dividendes ne sont pas intégrés dans le système de solidarité…
Des solutions alternatives, il y en a pourtant des flopées. Plutôt que de supprimer l'impôt sur la fortune, on aurait mieux fait d'en reverser les bénéfices au fond de garantie des retraites créé par Jospin. Plutôt que d'allonger la durée de cotisation, on aurait dû imposer un peu plus les stock-options (taxées seulement à 26%, deux fois moins que l'imposition sur le revenu), et les dividendes des actionnaires (1 ou 2% supplémentaires suffiraient à règler totalement le problème). Plutôt que d'offrir sur un plateau 400 milliards de francs en dix ans aux riches, par l'intermédiaire des lois Besson, Pons ou Périssol, générant par là même une génération de locataires et une flambée de l'immobilier, on aurait mieux fait d'investir cet argent dans la sauvegarde du système de retraite par répartition.
Mais ces solutions, on ne peut les évoquer en présence d'un gouvernement d'une droite aussi barbare que rétrograde, qui drague la "France d'en bas" en servant la soupe aux actionnaires.
MODELES :
Systèmes économiques érigés en exemples par Madelin, Jean-Marc Sylvestre, Catherine Nay et consorts. Un, les Etats-Unis. Ah ouais. Pas de protection sociale, ou si peu, 2 millions de personnes en prison (si, si, plus d'1% de la population active…), un salaire moyen en dollars constants en baisse de 13% depuis trente ans… Merci bien. Exit les US.
Deux, le Royaume-Uni. Ah bon. 25% de la population en dessous du seuil de pauvreté, des statistiques du chômage changées une trentaine de fois en dix ans pour baisser le chiffre officiel (supérieur au chiffre français, selon tous les spécialistes), des services publics à la ramasse, des hopitaux dignes du Tiers-Monde. Exit la perfide Albion.
Jamais à cours d'idées, nos commentateurs se rabattent donc vers des modèles moins connus. En ce moment, les Pays-Bas sont à la mode. Demain, ce sera le Canada ou la Finlande. A quand les îles Féroé ?
PRIVILEGIES :
Synonyme de fonctionnaires. On touche là au plus formidable coup de force du système néo-libéral : avoir réussi à monter une catégorie de population, le privé, contre une autre, le public. De 1973 à 2000, le pouvoir d'achat des Français a augmenté de 40 %. Celui des actionnaires de plus de 500%. Mais les nantis, les feignants, les "protégés", ce sont les fonctionnaires.
Que quelques patrons et beaux esprits de l'ouest parisien se fassent les pourfendeurs de la fonction publique n'a rien d'étonnant. Ce qui l'est plus, c'est de constater que les plus véhéments à l'encontre des fonctionnaires, ce sont des gens modestes, normaux, comme vous et moi. On pourrait peut-être appeler cela le syndrome Jean-Pierre Pernaut…
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