Cycle "La vie ici"... "La mort de Bon Papa"
La mort de Bon Papa.
Je n’avais pas réussi à tenir une heure de sommeil pleine pour la nuit de veille de l’enterrement de mon grand père. Réveillé par un songe, un rêve cauchemardeux, une humeur ou la soif, j’avais sonné de mon insomnie chaque heure pratiquement aussi exactement que l’eu fait le vieux coucou, celui de la cuisine où ma grand-mère ne dresserait désormais plus que le couvert d’une seule assiette. Debout à huit heures, n’insistant pas dans ce repos difficile, j’attendais d’aller récupérer Chris pour aller montrer nos jolies fesses emmaillotées à la piscine municipale, rendez vous dont nous avions depuis peu, coutume peu rigide de suivre. Une sorte de bonne conscience non sans effets physiques convenables, que nous amenait l’age ou quelque chose du genre… un bol d’air, quoique ça veuille dire, en tout cas. Puis vint le temps de rejoindre ma famille, rassemblée autour de ma grand-mère affaiblie, en ce deuil épuisant de souffrance autant que de convenances, de pseudos rites ou de formalités administratives. De longs silences, apaisants pour la plus part dans la cohue improbable, venaient resserrer les pensées autour d’un fait, la mort… j’imaginais que chacun s’y référa comme il pu, comme il la voyait sur ce noir inhabituellement raisonnable de nos vêtements, dans ces dialogues courts de gorges serrées, sur ce lit où gisait la dépouille calme de mon grand père, en ces références à d’autres pertes, d’autres absences particulières puis peut être à sa propre fin, à sa propre mort.
Nous étions à la fois ensembles dans le chagrin et seul dans la douleur, peu nous important qu’elle fût exprimée ou pas… un microcosme d’apparences ou la partie immergée de l’iceberg devait plus à la politesse qu’à la simple pudeur mais je me trompe peut être tant ces choses là sont, je crois, personnelles. Un tourbillon tranquille sévissait sur cette journée, sur nos esprits emmenés d’échos funèbres en allures de dignité, en retenues de larmes… L’église, le cimetière, les témoignages d’affection plus ou moins sincères, plus ou moins évidents… dans lesquels tout le monde semble vous connaître pour une seule raison finalement, la mortalité commune à toute vie ou dans sa version humaine, la dispersion de cette peine à travers chacun, à travers la pensée, le deuil absolu de la vie elle même… Et quand mes proches ou même ses petits vieux qui ne m’avaient pas revu depuis que je bavais dans les jupes de ma grand-mère, me témoignent de l’impuissance de leurs mots, de la façon dont ils sont désolés et pourtant pleins d’une envie et d’une force d’aider… je pense une chose, je pense que je n’attends pas de mes amis ou de qui que ce soit, qu’ils me « disent quelques chose »… je sais simplement qu’ils sont là, ça m’est d’une bien plus grande ressource. Et c’est un cliché que j’alimente en délivrant de leurs yeux toute la sincérité de leur propos, du moins de leur peine… Puisqu’il m’apparaît que ceci est à moi autant qu’il est à tous, j’ouvre ma patiente à cette mort dont je voudrais n’avoir vent qu’une fois ma vie achevée et emplie de tout. Mon grand père je crois, l’aurait voulu pour moi…
Je n’avais pas réussi à tenir une heure de sommeil pleine pour la nuit de veille de l’enterrement de mon grand père. Réveillé par un songe, un rêve cauchemardeux, une humeur ou la soif, j’avais sonné de mon insomnie chaque heure pratiquement aussi exactement que l’eu fait le vieux coucou, celui de la cuisine où ma grand-mère ne dresserait désormais plus que le couvert d’une seule assiette. Debout à huit heures, n’insistant pas dans ce repos difficile, j’attendais d’aller récupérer Chris pour aller montrer nos jolies fesses emmaillotées à la piscine municipale, rendez vous dont nous avions depuis peu, coutume peu rigide de suivre. Une sorte de bonne conscience non sans effets physiques convenables, que nous amenait l’age ou quelque chose du genre… un bol d’air, quoique ça veuille dire, en tout cas. Puis vint le temps de rejoindre ma famille, rassemblée autour de ma grand-mère affaiblie, en ce deuil épuisant de souffrance autant que de convenances, de pseudos rites ou de formalités administratives. De longs silences, apaisants pour la plus part dans la cohue improbable, venaient resserrer les pensées autour d’un fait, la mort… j’imaginais que chacun s’y référa comme il pu, comme il la voyait sur ce noir inhabituellement raisonnable de nos vêtements, dans ces dialogues courts de gorges serrées, sur ce lit où gisait la dépouille calme de mon grand père, en ces références à d’autres pertes, d’autres absences particulières puis peut être à sa propre fin, à sa propre mort.
Nous étions à la fois ensembles dans le chagrin et seul dans la douleur, peu nous important qu’elle fût exprimée ou pas… un microcosme d’apparences ou la partie immergée de l’iceberg devait plus à la politesse qu’à la simple pudeur mais je me trompe peut être tant ces choses là sont, je crois, personnelles. Un tourbillon tranquille sévissait sur cette journée, sur nos esprits emmenés d’échos funèbres en allures de dignité, en retenues de larmes… L’église, le cimetière, les témoignages d’affection plus ou moins sincères, plus ou moins évidents… dans lesquels tout le monde semble vous connaître pour une seule raison finalement, la mortalité commune à toute vie ou dans sa version humaine, la dispersion de cette peine à travers chacun, à travers la pensée, le deuil absolu de la vie elle même… Et quand mes proches ou même ses petits vieux qui ne m’avaient pas revu depuis que je bavais dans les jupes de ma grand-mère, me témoignent de l’impuissance de leurs mots, de la façon dont ils sont désolés et pourtant pleins d’une envie et d’une force d’aider… je pense une chose, je pense que je n’attends pas de mes amis ou de qui que ce soit, qu’ils me « disent quelques chose »… je sais simplement qu’ils sont là, ça m’est d’une bien plus grande ressource. Et c’est un cliché que j’alimente en délivrant de leurs yeux toute la sincérité de leur propos, du moins de leur peine… Puisqu’il m’apparaît que ceci est à moi autant qu’il est à tous, j’ouvre ma patiente à cette mort dont je voudrais n’avoir vent qu’une fois ma vie achevée et emplie de tout. Mon grand père je crois, l’aurait voulu pour moi…
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