Cycle "La vie ici"... "Le vendredi soir au pub."

Publié le par Wil

Le vendredi soir au pub.

    Singulier rendez vous dont j'abominais la perte de temps et d’argent, le vendredi soir ici, c’est le pub… refuge attachant tenu par le non moins débonnaire James, anglais sans histoire connue qui avait choisi le sud de la France, comme beaucoup d’autres de ces compatriotes financièrement adéquats aux villas du coin, pour élever, avec sa froide mais jolie jeune femme, leur petite fille et réinventer la saoulerie classieuse sur fond d’un seul et même disque, compilation délassante sauf au cas de cette fâcheuse répétition voire routine… on ne l’entendait plus au bout de quelques verres cela dit. Quelle dent pouvais je avoir contre le rond bonhomme ? Je supportais simplement mal ce concept d’abondance de paroles frivoles, de propos plats auxquels je participais pourtant en lieu et place de ce comptoir trop confortable… Des bêtises mais aussi des cris, échancrés de grosses gorgées de bière fraîche ou de lampés de whisky. Un lieu de passage pour certains, une résidence du dévergondage pour la plus part que la semaine de travail ne hantait plus depuis la première vapeur d’alcool, vers 20h. Rares étaient les sessions ou l’humeur n’était pas bonne, elle était si bonne même qu’elle ne pouvait être plus superficielle… on se moquait du café de la Paix avec son métissage douteux de jeunots guindés et de vieux bien avertis de la boisson, se remplissant de bons mots et enchaînant machinalement des clopes non savourées, on y était presque pourtant dans ce pub bruyant de peu de pertinence sinon celle de l’humour enivré de l’oubli de la semaine, glas du weekend, repos plus ou moins mérité selon les âmes s’y perdant.

    J’avais du remord à éprouver ces retenues à l’encontre de ce microcosme hebdomadaire puisqu’il me semblait que j’étais le seul à y voir là, cette perte de temps, de mes plus belles années, peut être pas mes plus belles, je m’en foutais… je ne voulais pas vivre comme un vieux c’est tout, pas comme ça, je ne sais pas si c’est « vieux »… alors je m’adaptais, je ne m’y pointais que vers minuit, quand les esprits étaient déjà chauds, que j’avais pu auparavant me consacrer à autre chose, quelque chose de pragmatique comme lire ou même penser… parce que là bas, je ne pensais plus, plus avec envie du moins. Je prenais un whisky, puis deux… et je finissais par traîner derrière mon ivresse, ramassant ses humeurs au rythme saccadé des rencontres trop souvent vaines. Je n’arrangeais rien bien sur, je n’étais pas très démonstratif et j’attendais sûrement trop de ces gens venus là se détendre et non me servir d’interlocuteurs sur des sujets urgents, important. Non, il fallait oublier ces soucis et même si je le faisais à contre cœur, l’alcool aidant je m’oubliais avec eux et achevait parfois la soirée en parlant tout aussi fort pour ne rien dire non plus. Je ne comprenais pas pourquoi je tenais de plus en plus, à rentabiliser le temps, à ne pas m’égarer en insouciance et j’en souffrais.
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Publié dans esbroufe

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