Vendredi 5 septembre 2008
  
   La main invisible est une expression due à l'économiste anglais Adam Smith ((1723 - 1790), considéré comme le père de l'école libérale), employée dans son ouvrage le plus connu, "Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations". Il n'y a rien de magique dans cette expression : elle signifie qu'en œuvrant pour son propre intérêt, l'individu œuvre aussi pour celui de la société. Le boulanger ne cuit pas son pain par bonté d'âme pour ses clients, mais en vue d'un profit personnel - ce faisant, il permet à ses clients de se nourrir. La recherche de l'intérêt individuel est le plus sûr moyen d'accroître la richesse des nations.

Philippe Simonnot, dans son ouvrage "39 leçons d'économie contemporaine", souligne que Smith n'emploie l'expression "main invisible", appelée à devenir célèbre, qu'une seule fois dans "Richesse des nations", au détour d'une phrase, presque par inadvertance :

    "(...) Ce n'est que dans la vue d'un profit qu'un homme emploie son capital. Il tâchera toujours d'employer son capital dans le genre d'activité dont le produit lui permettra d'espérer gagner le plus d'argent. (...) A la vérité, son intention en général n'est pas en cela de servir l'intérêt public, et il ne sait même pas jusqu'à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l'industrie nationale à celui de l'industrie étrangère, il ne pense qu'à se donner personnellement une plus grande sûreté ; et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'à son propre gain ; en cela, il est conduit par une main invisible, à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la société, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société, que s'il avait réellement pour but d'y travailler". (Adam Smith)

Philippe Simonnot souligne l'aspect révolutionnaire pour l'époque de cette formule : la métaphore de la main invisible, opposée à la "main trop visible" des princes et des gouvernants, signifie que la société est tout à fait capable de se conduire toute seule au bien commun. Déjà Bernard Mandeville exprimait une idée semblable dans sa "fable des abeilles" (publiée en 1705) : la ruche n'est prospère que tant que les abeilles restent animées par l'amour des biens matériels, plutôt que par la vertu ou la considération d'un prétendu intérêt général. Friedrich von Hayek reprendra l'idée de main invisible sous la forme de l'ordre spontané. Frédéric Bastiat parlait d'Harmonies économiques : tous les intérêts légitimes sont harmoniques.

La métaphore de la main invisible exprime simplement le fait évident selon lequel, grâce à la division du travail, chacun dépend du travail des autres, et que le bien général qui en découle n'est pas l'objet conscient mais plutôt le résultat "automatique" des volontés particulières. Il n'y a pas besoin, comme le voudraient les étatistes et les interventionnistes, de restreindre les libertés par une planification autoritaire ou par des ordres venus d'en-haut.

Source : Wikiberal, si si je vous jure :
http://www.wikiberal.org

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C'est bien joli tout ça mais on dirait que le libéralisme s'est pas lavé les mains depuis un moment et n'en déplaise à Adam Smith, tout comme il ne peut y avoir de système sociétal anarchiste ni même hédoniste mais bien des vécus anarchistes et hédonistes, il semblerait que l'application mondiale du laisser faire en un système ne réjouisse pas les nations dans l'avènement de leur richesse...




Alors pourquoi ? Où est ce que ça cloche ? Pourquoi notre siècle serait-il moins optimiste ? Une analyse éclairante trouvée sur le net nous en dit un peu plus, et c'est assez drôle de constater que c'est chez les plus extrêmes des libéraux qui d'ailleurs n'en sont pas (mais des libertariens) qu'éclatent au grand jour les risques et défauts de ce désir de liberté qui, comme l'anarchisme et l'hédonisme entre autres, est un pari sociétal intenable dans son entière complétude  :


L'unité illusoire de l'intérêt

 
          Comment des intérêts individuels peuvent-ils entraîner une telle unité de système? Un modèle similaire à l'économie serait un écosystème.
 
          Dans un écosystème, toutes les espèces vivent en harmonie de rôles. Certaines sont des récepteurs d'énergie (plantes et herbes), d'autres des herbivores, d'autres des prédateurs, d'autres des charognards, chacune avec un rôle vital par rapport aux autres. L'extinction d'un de ces rôles entraîne un déséquilibre catastrophique pour l'écosystème.
 
          Un écosystème, donc, donne l'impression d'une unité, comme une montre bien ajustée. Cependant, cette harmonie n'est qu'une illusion. La sélection naturelle ne poursuit aucun but et ne cherche aucune harmonie: ses effets se font sentir au niveau des gènes, et non au niveau des écosystèmes. L'harmonie vient du fait qu'il est dans l'intérêt de chaque groupe de gènes, et donc par extension plus ou moins exacte, des individus et espèces, de prendre des niches qui sont inoccupées, pour ainsi avoir accès au plus de ressources possible.
 
          L'analogie avec un système économique est évidente. Tous les secteurs de l'économie apparaissent en harmonie les uns avec les autres. Le secteur primaire (matières premières) rend disponible les ressources naturelles à la société, le secteur secondaire traite ces ressources pour en faire des produits utiles, et le secteur tertiaire permet le commerce avec la vaste clientèle disponible pour ces produits, avec d'autres entreprises qui s'occupent des surplus. 
 
          Les réseaux de transport permettent l'acheminement de ressources d'un endroit à l'autre, les compagnies de traitement de déchets et recyclage sont des charognards commerciaux, et ainsi de suite. Si un de ces rôles venait à flancher, ce serait une catastrophe pour n'importe quelle économie, du moins jusqu'à ce que d'autres investissements viennent combler le déficit.
 
          Ce tout donne l'illusion d'une unité, qui provient de l'action individuelle. En effet, il est dans l'intérêt d'un producteur de trouver un domaine ou créneau qui favoriserait ses profits. S'il y a un manque de producteurs, par exemple, dans le domaine de la vente au détail d'articles de sport, les investissements seront, toutes autres choses étant égales, portés à aller vers l'agrandissement des boutiques existantes ou la création de nouvelles boutiques.

   La survie des personnes en tant qu'agents économiques dépend de leurs choix. Les agents faisant les meilleurs choix seront en général plus prospères que ceux qui font des choix moins judicieux. Alors, nous assistons à une sélection basée sur l'habilité à faire des choix judicieux, ce qui en pratique revient à dire que les agents répondant le plus efficacement aux besoins des consommateurs seront les plus prospères.
 
          Dans la notion d'évolution, donc, est implicite la notion d'individualisme auto-constructeur. Dans le cas de l'évolution biologique, cette attitude constructive est amenée par la sélection naturelle des gènes: les gènes qui favorisent la survie sont sélectionnés avant ceux qui ne la favorisent pas. Pour une économie, ce phénomène n'est pas automatique. Et nous observons que beaucoup d'individus ne recherchent pas le succès économique pour diverses raisons, bonnes ou mauvaises. Mais la plupart des agents économiques le recherchent, et c'est pourquoi l'économie tend vers un équilibre dynamique qui bénéficie à tous – le chaos des intérêts tend vers l'assouvissement des besoins. La cupidité est une force motrice de cet équilibre, donc, et non un problème.
 
          L'équilibre économique tend à l'assouvissement des besoins car, dans un système économique libre, et en autant que tous les agents recherchent leur intérêt, la richesse ne peut être acquise qu'en comblant les besoins du plus grand nombre d'agents possible. Dans un système mixte, ceci n'est plus vrai, car les compagnies, par exemple, peuvent obtenir des subventions ou des faveurs même si elles ne répondent pas aux besoins (en fait, c'est généralement le cas).


Objections contre la cupidité
 
          La cupidité, donc, est un élément essentiel de tout système économique libre, et pousse les actions de tous vers un équilibre favorable. Mais certaines de ses conséquences ne sont pas appréciées. Plusieurs arguments ont été présentés contre la cupidité et son rôle économique.
 
          Par exemple, l'existence de marchés de spéculation tel que les marchés monétaires, sans relation directe avec une entreprise ou produit, est vue comme une preuve que la cupidité peut être infructueuse, car cet argent pourrait aller à des fins plus importantes. Mais ce raisonnement est bizarre. De dire qu'une fin est « plus importante » qu'une autre est un jugement de valeur personnel, et dépend du contexte de la personne qui le pose. De plus, en quoi l'investissement dans une monnaie est-il radicalement différent de l'investissement dans une compagnie? Cela ne donne certainement pas de ressources directes entre les mains de producteurs, mais rends la monnaie de leurs pays plus importante. Si tous les pays étaient également prometteurs, les déséquilibres monétaires n'existeraient pas, car leurs monnaies auraient toutes autant de valeur.
 
          Un autre argument est que la cupidité peut aussi générer des actions négatives, comme la criminalité et l'économie mixte. Mais c'est précisément pourquoi l'État de droit existe: pour empêcher l'usage de la force des plus puissants contre les plus faibles. Sans coercition, la main invisible ne peut rien imposer à qui que ce soit. Les intérêts rationnels des uns n'entrent pas en conflit avec ceux des autres. Le seul choix des agents économiques devient d'échanger ou non, et dans quel contexte. Si une personne offre un échange, personne n'a intérêt à l'arrêter, et si l'échange ne se produit pas, ce sera à cause des intentions des agents économiques, et non à cause du pouvoir de l'État.
 
          Un dernier point à examiner est la nature de cet intérêt. Ceci est vu comme un problème car différentes personnes ont des idées différentes sur ce que cet intérêt devrait être. Certains évoquent un jugement absolu. Par exemple, ils évaluent des produits sur différentes caractéristiques, et concluent qu'un produit X est « supérieur » au produit Y. 
 
          Mais cette notion de « supérieur » est un jugement de valeur, et donc ne peut exister que dans un certain contexte. Prenez la question des systèmes d'opération: que Windows soit inférieur à Linux dans ce contexte abstrait et général, par exemple, ne veut pas dire que Linux répond aux besoins de l'utilisateur moyen mieux que Windows. Le contexte d'un utilisateur moyen est surtout celui d'une recherche de facilité d'utilisation et de grande base logicielle, et non celui d'une recherche de sécurité et de flexibilité. Par opposition, le contraire est vrai des serveurs, et c'est pourquoi Linux a une portée beaucoup plus grande que Windows NT. Chercher à imposer un jugement de valeur unique sur une situation complexe, c'est faire fausse route.
 
          Même en tenant compte des différents contextes, il est vrai que la plupart des gens font des erreurs et ne semble pas rechercher leur intérêt objectif. Par exemple, la publicité peut avoir une influence plus grande que la qualité d'un produit. Ceci est normal, puisque l'information elle-même est un produit important. La venue de l'internet et son impact sur le commerce démontre jusqu'à quel point le flot d'information est important!
 
          Mais est-ce que cette subjectivité nous mène à conclure que le libre marché n'est pas aussi optimal qu'un système réglementé? Non, pour une raison très simple: nous n'avons aucune raison a priori pour supposer que nos gouvernants peuvent prendre de meilleures décisions qu'un agent économique moyen. De ce fait, le pouvoir de faire des lois contre la vente de certains produits ou services nous assure que ces lois seront tout aussi subjectives et inefficaces qu'un choix personnel, à la différence que maintenant personne ne peut y déroger. Comme cette situation réduit les choix des individus, elle est nuisible à la possibilité d'un choix rationnel.

Source : http://quebecoislibre.org/010414-10.htm


Voir aussi l'article sur ce courant de pensée :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_libertarienne#Le_lib.C3.A9ralisme_des_libertariens

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Par Wil - Publié dans : trouvé sur le net
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